La transition énergétique, c’est aussi un modèle de gouvernance à revoir !

C’est en filigrane, ce que Bruno LECHEVIN (président de l’ADEME) suggérait en ouverture des 16e assises de l’énergie des collectivités territoriales. Il répondait à Alain JUPPE affirmant le besoin d’inventer « une croissance sobre et circulaire, une sobriété heureuse pertinente ! ». C’était bien parti !

Une gouvernance inadaptée face à l’urgence climatique :

Jean JOUZEL, climatologue et membre du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a insisté sur la nécessité de lutter contre le changement climatique plutôt que rechercher l’adaptation. Dès maintenant, le changement climatique a de nombreuses conséquences : sécheresses, canicules, cyclones, inondations, etc.. Or si rien n’est fait la température augmentera de 4° d’ici la fin de ce siècle, avec d’importantes conséquences négatives. Il faut donc agir vite et baisser nos émissions de gaz à effet de serre de 15 à 20 %, pour atteindre – 40 % en 2030.

Malheureusement, les subventions aux énergies grises sont encore bien supérieures à celles aux énergies vertes. Il apparaît nécessaire de revoir le contrat social, de revisiter notre fiscalité pour qu’elle finance la transition énergétique, d’installer de nouveaux instruments de gouvernance pour une gestion décentralisée de l’énergie (programmation pluriannuelle de l’énergie, fonctionnement en réseaux plutôt qu’en pyramide, effaceur/producteur…). Qui détient l’énergie, détient le pouvoir !

Par exemple : En Allemagne, 51 % des moyens de production d’énergies renouvelables sont entre les mains d’individus ou de coopératives. Et quand les citoyen-nes sont producteur-trice-s, les consommations baissent. La décentralisation exige la transformation du réseau.

 

Pourtant, et alors même qu’il existe 12 scénarios relatifs à la transition énergétique française (de négatep à négawatt), le débat sur le mix énergétique de demain ne vient pas. Or, selon Gaël GIRAUD, la transition énergétique, loin de constituer un impératif de plus, parmi tant d’autres, pourrait constituer le levier de sortie de crise. Carine DARTIGUEPEYROU, en s’appliquant à décrire ce qui change dans notre société, souligne que les structures représentatives ne semblent plus prendre en compte les aspirations des citoyens. Parallèlement, les jeunes ne sont pas si individualistes. Ils ont une aspiration à apprendre, à donner, à recevoir … avec du fun. Aussi, il nous reste à expérimenter, à prendre des risques, déployer des laboratoires tout en traçant la route sur le long terme. Et cela est revenu à plusieurs reprises durant ces 3 jours : « Permettre du décloisonnement pour exprimer nos différences, retrouver du « nous partagé » ».

Quelles concrétisation sur le terrain ?

Le maire de Lausanne, Daniel BRELAZ, a dressé le portrait futur de sa commune en s’interrogeant : « Est-ce que l’on préfère avoir les emplois de demain ou les chômeurs de demain ? ». Ainsi, depuis juillet, la compagnie énergétique est devenue communale, autorisant l’autoproduction d’énergie. Ici, la transition énergétique repose notamment la géothermie, le solaire et l’éolien, les transports en commun, accompagnement de l’existant pour accélérer la mutation. Aujourd’hui, 46 % de Lausannois-es n’ont pas de véhicule (+ 12 % en 10 ans) et 30 % des jeunes ne veulent pas passer leur permis. Sur le plan national, la Chambre basse du Parlement helvétique a décidé fin 2014 un abandon progressif de l’énergie nucléaire.

Enfin, une visite du lieu alternatif DARWIN, dédié à l’entrepreneuriat et à la transition écologique, a permis de vérifier qu’en informant, associant on peut créer une belle dynamique. La réhabilitation d’une ancienne caserne militaire a été moins impactante que la construction de neuf. L’information en temps réel des utilisateurs permet de progresser dans la sobriété énergétique (covoiturage, fermer ou ouvrir une fenêtre…).

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En conclusion, ce fut trois belles journées qui ont permis de mesurer la complexité de la situation tout en intégrant du rêve et du sens. Nous sommes dans un temps où il y a urgence et il faut sortir de notre confort, de nos acquis pour prendre vraiment conscience de notre environnement afin de mieux vivre tous ensemble. La question de l’énergie peut ainsi devenir un élément central du « faire la ville ». Il existe pourtant de nombreux blocages qu’il conviendra de lever. Par exemple, Alain MASSON, vice-président de Brest Métropole Océane, a indiqué, qu’EDF bloque le droit à l’expérimentation de recours aux énergies renouvelable sur l’Île de Sein. A 100 habitants, il consomment, ainsi 426 000 litres de fuel par an. Ou comment déséquilibrer notre balance commerciale !

Christine NOBLET,

de retour de Bordeaux les 27,28 et 29/01/15

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