Quels enseignements après la COP 21 ?

Les 4 et 5 février, Ghislaine Carrez et Laurent Noblet étaient aux journées nationales des élu-es locaux à Strasbourg.
Ce temps de formation organisé par le Cedis était l’occasion d’aborder différents thèmes : l’habitat participatif, les outils locaux pour l’adaptation au dérèglement climatique ou encore l’état d’urgence.

Accueillis au Parlement Européen le jeudi matin, ils ont pu nous faire un retour sur la plénière « Quels enseignements après la COP21 ? Perspectives écologistes sur les politiques publiques locales, nationales et européennes »:

* Michèle Rivasi, députée européenne, retrace l’écart entre la proposition d’objectifs faite par les députés aux membres réunis pour la COP21 (+30% d’énergies renouvelables, +40% d’efficacité énergétique, -14% d’émission de gaz à effet de serre) et ce qui a été adopté (+ 27% énergies renouvelables, +27% efficacité énergétique, -14% d’émission de gaz à effet de serre). Maintenant tout est à mettre en œuvre par les acteurs locaux ; malheureusement, la campagne des régionales n’a pas repris ce thème.

* Pascal Durand, député européen :
La COP21 est un succès car :
* c’est une réponse par la négociation et la paix,
* les états ont pris conscience qu’ils n’y arriveraient pas seuls,
* le dérèglement climatique n’a pas été contesté
* Laurent Fabius a agi en diplomate entre les pays pollueurs et les pays qui en souffrent.
L’impératif est de décarboner les énergies par l’isolation des bâtiments, les économies d’énergie, les transports, la qualification de la main d’œuvre. La France doit prendre la tête de ce mouvement vers la transition énergétique et vers le déplacement des milliards d’€ (entre 250 et 600) qui subventionnent les énergies fossiles.

* Célia Gautier, responsable de programme au RACLE (réseau d’ONG mobilisées autour du changement climatique), tempère l’enthousiasme en énonçant que l’accord obtenu à Paris en novembre 2015 ne sera historique :
* que s’il est appliqué dans le sens d’une vraie transition énergétique
* que si la solidarité à l’égard des pays menacés par le dérèglement climatique est financée
* que si les représentants des pays se retrouvent avant 2018 pour se fixer de nouveaux objectifs établis à partir des succès remportées par les collectivités locales (= prouvons que la réduction des GES peut atteindre 50% pour que cet objectif soit suggéré lors des étapes de révision)
* que si les engagements volontaires assortis d’aucune mesure coercitive sont effectivement appliqués par les états et les régions
* que si les fausses solutions techniques (agrocarburants, nucléaire, OGM, enfouir le carbone…) sont définitivement écartées
En bref, l’accord sera historique si les 80% des énergies que nous consommons aujourd’hui qui sont d’origine fossile, restent dans le sol et si société civile et collectivités locales s’emparent de ce sujet et montrent la voie aux états, à la Banque Européenne d’Investissement, et aux transports maritimes et aériens (qui sont les gros pollueurs et qui ne se sont fixés aucun objectif contraignant).

* Ronan Dantec, sénateur, a remis en tête l’inter-COP de Nantes en 2016 et a redit qu’il y a de l’argent pour financer la transition énergétique mais que les collectivités territoriales n’utilisent pas ces fonds car elles ne veulent pas « paraître endettées ».

* Évelyne Huytebroeck, ancienne ministre de la région Province de Bruxelles (1,1 million d’habitants), a agi dès 2004 sur les bâtiments : obligation de construction passive, création de 2 500 emplois, 4 quartiers durables (déchets, biodiversité, urbanisme) dans lesquels sont injectés 60 millions d’euros. De 2004 à 2015, – 18% de GES malgré la hausse de la population.

* Jean-François Caron, maire de Loos en Gohelle.
La transformation de la société ne se fait pas en un mandat, il faut :
* bâtir un socle de valeurs : « d’où on vient »
* impliquer les acteurs : ce n’est pas les faire participer mais les responsabiliser, les faire contribuer
* définir une « étoile » : l’objectif à atteindre, qui fait rêver, et comment y aller
* penser global
* faire naître le désir
* mettre en mouvement tous les acteurs économiques car un seul ne peut bouger seul (ex : les agriculteurs bio, les promoteurs)
* poser un nouveau modèle économique reposant sur l’économie circulaire, l’économie de la fonctionnalité (et non de la propriété) et de la transformation, la sobriété
* nouer de nouvelles alliances avec les acteurs de l’économie traditionnelle

parlement