La vidéosurveillance dans notre commune non, la prévention oui

Intervention de Etienne Lechat à propos de la Création du service commun chargé de la gestion du CSU

Monsieur le Maire, Chers collègues,

La présente délibération propose que la ville de Saint-Herblain intègre le dispositif du Centre superviseur urbain proposé par Nantes Métropole.

Saint-Herblain est située singulièrement par rapport à Nantes, Rezé et Vertou, les autres villes adhérentes, puisque nous sommes les seuls à disposer d’un Centre Superviseur Urbain communal.

Cette proposition intervient dans un contexte où la demande de sécurité de nos concitoyens est forte : les difficultés existent, les situations sont complexes. La tension est palpable dans notre société, dans nos quartiers. De nombreux faits de violence sont rapportés dans la presse et participent à alimenter le sentiment d’insécurité.

Les élu-e-s Europe Ecologie Les Verts/Ensemble Saint-Herblain Autrement prennent toute leur place pour contribuer à apporter des réponses adaptées à la nécessaire tranquillité de la cité: Place de la police municipale, amélioration de la place de l’ADPS, précision du rôle des agents de prévention, place des acteurs associatifs…

Nous nous sommes toujours opposés au principe de la vidéo-surveillance considérant qu’elle était coûteuse et inefficace pour répondre au sentiment d’insécurité des herblinoises et des herblinois.

Vous vous souvenez de notre slogan: « Des Hommes, pas des caméras » pour souligner que, pour nous, la présence humaine est primordiale.

Dans toutes les villes qui l’ont adoptée, il n’existe pas de lien significatif entre la baisse de la délinquance et les zones vidéo-surveillée. Les chiffres disponibles sur St-Herblain ne permettent pas d’affirmer que le rôle des caméras est à la hauteur des budgets que nous dépensons. Nous tenons d’ailleurs à rappeler que les trams et bus de notre réseau de transports en commun sont équipés en caméras. Cela n’empêche en rien les incivilités ou les agressions dont nous sommes témoins. La raison est simple : les actes de délinquance sont bien souvent commis de façon impulsive : alcool, drogue, colère…

La vidéo-surveillance sur l’espace public n’apporte pas de réponse supplémentaire pour agir en amont et durablement sur des comportements de délinquance et de violence.

C’est pourquoi, nous nous positionnons pour continuer à mobiliser nos énergies dans la présence humaine, dans la médiation, dans la création de lien avec les habitants ou encore les îlotiers. Agissons quotidiennement pour désamorcer les conflits, dialoguer, sensibiliser, rassurer.

D’autres solutions existent mais ne dépendent pas toujours de notre ressort. Notons par exemple la pénalisation de l’usage du cannabis, et donc sa vente illicite. Ce trafic occasionne une occupation de certains espaces publics, empoisonne la vie des habitants à proximité et mobilise beaucoup d’énergie de la part des forces de l’ordre. En dépénalisant le cannabis, cette énergie pourrait être réorientée comme cela existe dans de nombreux pays.

Le partenariat collectivité/État est à encourager, certes, mais l’Etat doit assumer ses missions de sécurité nationale et aussi les dépenses induites. Et les 20 % de frais supportés par l’État pour l’investissement dans les caméras seront une bien maigre compensation par rapport au coût annuel des caméras et du CSU métropolitain.

Nous attirons d’ailleurs votre attention sur l’annonce du ministre de l’intérieur du retour d’une police de sécurité du quotidien en 2018. L’une des promesses de campagne du Président de la République. Dans cette optique, l’extension de la vidéosurveillance qui nous est présentée aujourd’hui nous semble encore moins prioritaire. La police de proximité serait une bonne nouvelle qui viendra renforcer localement notre approche humaine, bien que dans le même temps, des annonces du gouvernement affaiblissent les services publics dans nos territoires. Nous saluons d’ailleurs vos propos monsieur le maire pour proposer que Saint-Herblain soit volontaire pour expérimenter une police de proximité.

Saint-Herblain va dépenser moins pour la vidéo-surveillance compte tenu de sa métropolisation. Nous aurions voulu que la présente délibération soit accompagnée d’un plan de prévention renforcé pour que la ville de Saint-Herblain affiche davantage son orientation.

Quelques mots enfin sur la création du comité d’éthique que les nantais ont décidé de mettre en place et adopté vendredi dernier en conseil municipal, qui aura notamment pour objectifs de contrôler l’activité des caméras, le respect du droit à l’image ou encore de donner son avis sur les secteurs vidéo-surveillés. Si d’aventure, le dispositif était validé par chacune des communes concernées nous trouverions indispensable qu’il soit mis en place non pas seulement sur le territoire nantais, mais sur l’ensemble du territoire des communes concernées. Rappelons qu’un outil sans éthique augmente les risques de dérive liberticide.

Compte tenu de notre opposition au principe de la vidéosurveillance et de la faiblesse des garanties sur le volet prévention, les élu-e-s EELV/ESHA s’abstiendront.